Homélie du Jeudi-Saint (11 avril)

Vous trouverez ci-après le texte de l’homélie prononcée par le Père Antoine NOUWAVI lors de la cérémonie du Jeudi Saint le 18 avril.

Le Père Antoine NOUWAVI lors de son homélie.

Bien chers amis,    

Nous n’entrons pas dans ce triduum pascal, comme des personnes extérieures aux mystères qu’elles célèbrent.

Célébrant en ces jours, le mystère personnel de Jésus le Christ, nous célébrons notre propre rédemption actuelle et à venir.

L’Eglise qui célèbre les mystères de la passion et de la résurrection du Christ dans la liturgie sait qu’elle est complètement rénovée dans l’exercice de la fonction sacerdotale du Christ dans lequel, tous et chacun nous sommes purifiés et sanctifiés.

Tous les prêtres de la paroisse étaient présents.

C’est donc avec ferveur et enthousiasme que nous entrons dans le Triduum, au rythme de l’Eglise, selon sa pédagogie, nous laissant porter, nous laissant enseigner et nous laissant nourrir.

En suivant le rythme et la pédagogie de l’Eglise, nous sommes sûrs de rejoindre Dieu qui, lui le premier, a rejoint l’homme pour l’élever et pour le combler de sa propre présence.

 Toute la tradition et l’enseignement de notre Eglise ont toujours exhorté les chrétiens à se laisser porter par la foi et par ses expressions communes élaborées depuis des siècles. Dans l’exhortation porta Fidei, il est dit :

La chorale était dirigée par le Père Olivier MONNIOT

Ce n’est pas par hasard que dans les premiers siècles les chrétiens étaient tenus d’apprendre de mémoire le Credo. Ceci leur servait de prière quotidienne pour ne pas oublier l’engagement pris par le baptême. Avec des paroles denses de signification, saint Augustin le rappelle quand dans une Homélie sur la redditio symboli, la remise du Credo, il dit : « Le symbole du saint témoignage qui vous a été donné à tous ensemble et que vous avez récité aujourd’hui chacun en particulier, est l’expression de la foi de l’Église notre mère, foi établie solidement sur le fondement inébranlable, sur Jésus-Christ Notre Seigneur …On vous a donc donné à apprendre et vous avez récité ce que vous devez avoir toujours dans l’âme et dans le cœur, répéter sur votre couche, méditer sur les places publiques, ne pas oublier en prenant votre nourriture, murmurer même intérieurement durant votre sommeil »[1].

Comme les premiers chrétiens, laissons-nous porter activement par notre foi commune et les célébrations principales pendant ces jours. Que notre bouche proclame les mystères de notre foi. Que nos cœurs soient nourris et fortifiés par la liturgie en ces principaux rites de ces jours saints.

 Nous vivrons en ce triduum comme une entrée dans le mystère même de notre foi : le Christ que nous célébrons par les signes de la liturgie est Celui qui, en même temps, nous introduit dans l’intimité même de Dieu, faisant de chacun d’entres nous, non plus des serviteurs mais des amis (Jn15, 15) pour qu’à terme, nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ » (Ep, 4, 13).

Dans l’évangile de ce jeudi saint, St Jean l’évangéliste proclame, à sa manière, le salut de l’homme accordé par Dieu en son Fils Jésus.

Procession du Saint Sacrement

Contre toute attente, St Jean, certainement, le plus proche de Jésus et le plus mystique des évangélistes ne nous livre pas le récit de l’institution de l’Eucharistie.

Si Jean l’évangéliste se situe dans le même cadre historique que les autres traditions, il rapporte une scène inexistante dans les synoptiques et dans la tradition léguée par Paul.

 « Avant la fête de Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde au Père, et ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, mit le comble à son amour pour eux.

Pendant le souper, lorsque le diable avait déjà inspiré au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le livrer, Jésus, qui savait que le Père avait remis toutes choses entre ses mains, qu’il était venu de Dieu, et qu’il s’en allait à Dieu, se leva de table, ôta ses vêtements, et prit un linge, dont il se ceignit » (Jn 13, 1-5).

L’évangéliste Jean Aurait-il donc oublié la scène combien importante de l’institution de l’Eucharistie qui nous rassemble en ce jour ?

On peut penser que ce qui semble être un oubli dans les actes du ministère public du Christ est justement le centre d’où tout part et où tout revient.

Semblant omettre de rapporter la scène de l’institution de l’Eucharistie, « le disciple que Jésus aimait » dévoile le mystère inscrit au cœur de l’action publique du Christ. Celui qui lave les pieds de ses disciples à la manière d’un esclave, est le Christ, le Fils Unique de Dieu. Sa divinité se manifeste dans le don de soi et sa présence auprès des disciples. Il est L’Emmanuel, « Dieu parmi les hommes » qui s’abaisse pour les relever en même temps. En lavant ainsi et en séchant les pieds des disciples, le Christ nous a rend capables de participer au banquet nuptial de Dieu.

St Augustin commentant la scène du lavement des pieds, fait observer :

le lavement des pieds pour un couple de chaque Relais.

« Il a déposé ses vêtements, lorsqu’il s’est anéanti lui-même, lui qui était Dieu; il s’est ceint d’un linge, lorsqu’il a pris la forme de serviteur ; il a versé de l’eau dans un bassin pour laver les pieds de ses disciples, lorsqu’il a versé son sang sur la terre pour laver toutes les souillures de nos péchés, il a essuyé leurs pieds avec le linge dont il était ceint, lorsqu’il affermit les pas des évangélistes, par la chair mortelle dont il était revêtu; avant de se ceindre avec le linge, il quitta les habits dont il était revêtu; mais pour prendre la forme d’esclave dans laquelle il s’est anéanti, il n’a point quitté ce qu’il avait, il a pris seulement ce qu’il n’avait pas. Lorsqu’il fut crucifié, il fut dépouillé de ses vêtements, et après sa mort son corps fut enveloppé dans un linceul, et sa passion tout entière a pour fin de nous purifier » (St Augustin).

Si le geste du lavement des pieds peut paraitre gênant, artificiel et peu éloquent dans le monde occidental, il est pourtant chez St Jean le condensé de l’évangile du salut du Verbe fait chair qui a habité parmi nous pour nous faire contempler sa gloire.

Jésus le Christ ne s’est pas contenté d’être l’Un d’entre nous. Il s’est livré à nous. En se livrant, il nous lave de nos souillures, nous régénère et nous sauve.  Il nous a redonnés notre dignité perdue de fils et de filles.

Désormais, entre le récit du lavement des pieds et le récit de l’institution de l’Eucharistie dont l’Apôtre Paul nous donne la tradition la plus ancienne, il n’y a ni opposition, ni substitution. L’institution de l’Eucharistie est l’organon de la notre foi, Le récit du lavement des pieds en est la catéchèse.

Si le lavement des pieds éclaire le don de soi de Jésus le Christ, qui fait alliance avec l’Eglise et chacun de nous en nous donnant son Corps et son Sang, gage du salut éternel, le récit de l’institution ramène, sans cesse, à l’amour originaire et toujours renouvelé de Dieu qui s’abaisse pour relever l’homme et tous les hommes. Ainsi, Dieu se manifeste comme l’Amour même. S’il nous a crées, il nous a crées pour nous sauver.

Dans la célébration de ce jour, l’Eglise recueille les traditions de St Jean, de St Paul et des tous les autres évangélistes pour nous introduire dans l’intimité de la connaissance du mystère du Christ.

Dans le geste de lavement de pieds que je ferai dans quelques instants à six couples de nos six relais, nous nous laisserons purifier par le Christ pour nous rendre dignes de recevoir le sacrement de son Corps et de son Sang.

L’adoration du Saint Sacrement

La purification qui précède la communion au Corps et au Sang du Christ devient ainsi un chemin initiatique vers Dieu qui se donne totalement en son Fils Jésus. Cette purification est aussi notre désir de voir Dieu, de vivre de lui, d’être de son royaume.

Dieu qui se donne à nous, est le même qui nous donne faim et soif de lui pour nous combler de sa personne. La purification est ainsi, l’autre nom de la vie spirituelle. Elle n’est pas une parenthèse de la foi et de la pratique religieuse mais son cœur, le désir de Dieu, le désir de lui appartenir et d’être comblé par lui.

Dans la tradition chrétienne, Jean l’évangéliste, est connu comme le « disciple bien-aimé », « celui qui se penche sur la poitrine du Seigneur » (Jn 13, 25), c’est le même Jean qui selon la tradition, a reconnu le premier le Christ ressuscité d’entre les morts. Il ne fait aucun doute, qu’il nous introduit dans la connaissance profonde par la vie spirituelle, connaissance intime et transformante offerte par Jésus le Christ. Dans la connaissance purifiante de Jésus le Christ, nous sommes régénérés et sauvés.

Puissions-nous en ce jour saint, nous ressourcer et prendre la mesure du don précieux de Dieu pour l’Eglise et pour chacun d’entre nous !puissions-nous en cette célébration nous renouveler dans le don de Dieu. Qu’il fasse de nos vies des temples vivants à la louange de sa gloire ! Amen

Abbé Antoine NOUWAVI


[1] Benoit XVI, Porta Fidei. Lettre apostolique en forme de Motu propio,  11 octobre 2011, n° 9